HELIOGABALE - NewDeal2019

Durée totale
00:00

Heliogabale ou l’anarchiste couronné - Antonin Artaud 

Spectacle pour 2 musiciens, 1 chanteuse, 1 comédien, et électronique (distribution en cours)

Composition Laurent Mariusse - Montage texte et mise en scène Philippe Morier-Genoud 

Héliogabale était un roi fou et excessif, baignant dans le stupre, la débauche et la démesure. Il a conquis Rome avec violence et est monté sur un trône de sang. Anarchiste couronné selon Artaud, le tyran, empereur de Rome, n’a de cesse de tendre vers l’unité, à sa façon. « Et Héliogabale, en tant que roi, se trouve à la meilleure place possible pour réduire la multiplicité humaine, et la ramener par le sang, la cruauté, la guerre, jusqu’au sentiment de l’unité. » 

Que voulait-il réunir ? Tous les contraires, tout simplement. L’unité à laquelle il tente de parvenir passe par la réunion du principe féminin et du principe masculin. Il se veut représentant des deux.

Dans un monde où la cruauté est ritualisée, institutionnalisée et légitime, Héliogabale se veut en rupture. Il est « un anarchiste-né, et qui supporte mal la couronne, et tous ses actes de roi sont des actes d’anarchiste-né, ennemi public de l’ordre, qui est un ennemi de l’ordre public. » 

Mais encore une fois, cette rébellion est organisée. Le tyran tend toujours à l’unité du monde et c’est en le retournant qu’il compte l’organiser. De l’anarchie naît une nouvelle unité, conforme aux goûts de l’empereur. 

Héliogabale est l’empereur qui incarne le plus profondément la décadence de Rome. Il est mort comme il a vécu, incarnant sa propre vision du monde. 

Héliogabale ou El Gabal, « Celui de la Montagne », porte un nom composite et trompeur pour les lecteurs d’aujourd’hui. 

Sa religion était celle de l’astre solaire, mais jamais Héliogabale ne s’est nommé d’après le soleil. Ce sont les Grecs qui, transcriptions après traductions de sa légende, ont modifié le nom du tyran. Une autre preuve, s’il en fallait, que l’histoire d’Héliogabale échappe aux historiens.

Antonin Artaud oppose la religion d’Héliogabale, pourtant monothéiste, au christianisme. Celle qu’il appelle la religion d’Ichtus est mauvaise : elle sépare l’homme du mythe, du magique, du religieux et du sacré. Les religions qui ont précédé le christianisme offraient davantage à leurs adeptes. 

Artaud est formel : les humains ont besoin de savoir. En lisant cet ouvrage magistrale, on ne peut s’empêcher de trouver des liens avec notre époque actuelle. 

Héliogabale - (Création avril 2020 au Théâtre des Marronniers, Lyon 02)

Dans un premier temps je vais composer une oeuvre musicale qui sera le pendant du texte d’Antonin Artaud. 

Comment la musique peut -elle donner une lecture de cette oeuvre d’Antonin Artaud ?

Héliogabale sera représenté par le violon. Des cuivres seront enregistrés pour faire référence à la fois à une voix divine, et aux sonneries rituéliques romaines. Une chanteuse, qui alternera entre chant et voix parlée. La percussion, le marimba, symbole de l’unité de cet ensemble. L’électronique soutiendra ce discours musical et théâtrale. Je souhaite par l’électronique entré dans le côté initiatique du texte. 

Quand le travail musical sera terminé, le texte viendra prendre sa place à l’intérieur de la musique. 

Aborder le travail de ce spectacle de la sorte, permet de faire entrer en vibration et en symbiose la musique et la littérature. Comme à l’opéra le texte sera presque tout le temps accompagné, soutenu, par de la musique.

Tendre vers l’art total pour donner à cette version d’Héliogabale une dimension spectrale. Comme si ce spectacle devenait irréel. 

Laurent Mariusse